Acte I, Scene IV, Le Bar © Charlotte Monnier
À l’occasion du centenaire de la naissance d’Andrée Putman, le Studio éponyme inaugure deux distinctions dédiées aux talents émergents. Une initiative qui prolonge l’héritage de la designer française tout en affirmant une conviction : le design se transmet autant qu’il s’invente. Pour cette première édition, deux diplômés de l’École Camondo, Charlotte Monnier et Stanislas Derrey, ont été distingués. Ce dernier présentera son travail aux Rendez-vous de la matière, les 8 et 9 octobre prochains, au Carreau du Temple.
Figure majeure du design français, Andrée Putman (1925-2013) a imposé une esthétique singulière, entre rigueur des lignes, élégance intemporelle et goût des contrastes. Un langage qui continue d’inspirer, sans jamais se figer dans la nostalgie. Depuis l’arrivée d’Aurélie Laure à la direction générale, en 2025, et d’Olivia Putman à la direction artistique, le Studio ouvre un nouveau chapitre de son histoire. À l’occasion du centenaire de sa fondatrice, il déploie une programmation qui fait dialoguer créations contemporaines, rééditions iconiques et projets d’architecture intérieure. La jeune création y trouve naturellement sa place.
En collaboration avec le Musée des Arts Décoratifs et l’École Camondo, le Studio a ainsi imaginé deux prix : le Prix Andrée Putman de la Jeune Création et l’Emerging Talent Award, à vocation internationale. Remis le 10 septembre, dans le cadre de la Paris Design Week, ils distinguent deux projets parmi les 102 diplômés de la promotion 2026 de Camondo, qui a elle-même choisi de rendre hommage à la designer en prenant son nom.
LE NUMÉRIQUE À PORTÉE DE MAIN
Lauréat du Prix Andrée Putman de la Jeune Création, Stanislas Derrey explore avec Form Synthesizer une autre manière d’interagir avec les outils numériques. Son projet repense l’ordinateur comme un instrument de création, que l’on pourrait manipuler avec la même spontanéité qu’un instrument de musique. En substituant aux interfaces conventionnelles des dispositifs tangibles et analogiques, le designer cherche à rendre la création numérique plus intuitive, presque physique. La main retrouve ici un rôle central : elle ne se contente plus de commander, elle expérimente, ajuste et compose.
Cette approche ouvre des perspectives intéressantes pour les pratiques du design, où l’outil numérique, omniprésent, peut parfois éloigner le geste de la matière. En réintroduisant une dimension sensible dans l’interaction, Stanislas Derrey invite à envisager la technologie non comme une contrainte, mais comme un prolongement du savoir-faire et de l’imagination.
C’est précisément ce travail que les visiteurs pourront découvrir aux Rendez-vous de la Matière, les 8 et 9 octobre, au Carreau du Temple. Une occasion de rencontrer un jeune designer dont la recherche fait écho aux préoccupations du salon : la place du geste, l’expérimentation et les nouvelles façons de concevoir.
UNE TRAVERSÉE NOCTURNE
De son côté, Charlotte Monnier reçoit l’Emerging Talent Award pour Le 34, Traversée Lunaire. Son projet transforme une galerie parisienne en bar nocturne, dont l’atmosphère évolue au rythme du cycle lunaire. De la pénombre de la nouvelle lune à la révélation de la pleine lune, lumière, matériaux et perceptions composent une expérience immersive. L’espace devient un récit, invitant les visiteurs à traverser différentes ambiances plutôt qu’à simplement les contempler.
En novembre, Charlotte Monnier présentera son projet à la Galerie Andrée Putman de New York. Stanislas Derrey expose quant à lui actuellement son travail dans la galerie parisienne du Studio.
Pour cette première édition, la Maison Christofle s’est également associée à l’initiative, en offrant aux deux lauréats un plateau de la collection Vertigo, dessinée par Andrée Putman. Un geste symbolique, qui relie une création emblématique à celles et ceux qui dessinent aujourd’hui les contours du design de demain.
En faisant de la transmission l’un des temps forts de son centenaire, le Studio Andrée Putman rappelle ainsi que l’héritage d’une grande signature ne réside pas seulement dans ses objets, mais aussi dans sa capacité à ouvrir des voies nouvelles. •
Photos : Form Synthesizer © Stanislas Derrey • Acte I, Scene III, L’Antichambre © Charlotte Monnier • Acte I, Scene II, Le Piano Lounge © Charlotte Monnier