Bruno Moinard peintre

Le mouvement et le silence

Par Juliette Sebille

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Le sévère, 53 x 37 cm, oil on canvas, 2025


D’où votre peinture vient-elle, et comment peignez-vous ?

La peinture s’est imposée très tôt dans ma vie, avant même que je comprenne qu’elle deviendrait un langage à part entière. Je devais avoir neuf ans quand j’ai reçu ma première boîte de peinture à l’huile. Je n’ai jamais arrêté de peindre. J’y ai trouvé un espace où je pouvais explorer une sensation, une vibration, quelque chose qui circule entre les formes. Tous mes métiers dialoguent entre eux, mais la peinture reste l’endroit le plus libre, celui où le geste peut surgir sans contrainte, sans « brief ». Lorsque je peins, j’essaie de rendre visible ce qui m’échappe encore : une lumière en suspens, une présence qui cherche à se formuler. Je peins très vite. J’ai besoin de cette vitesse pour capter l’énergie initiale, le mouvement qui donne son impulsion au tableau. Ensuite, je laisse la toile reposer. Quand je reviens dessus, je reprends, j’efface, je gratte, j’ajoute des voiles, j’ouvre la matière. C’est souvent dans ces secondes interventions que la lumière apparaît. Elle n’est jamais imposée : elle se révèle. Ce va-et-vient entre l’élan et la patience crée une vibration qui, pour moi, est essentielle.

Avez-vous des thèmes de prédilection ?

Il n’y a pas vraiment de thème. Je peins l’entre-deux : l’instant où une forme naît et disparaît presque aussitôt. Les paysages, les silhouettes, les traces d’horizon ne sont pas des sujets mais des points d’entrée vers une sensation. Je cherche le souffle, le passage, le moment fragile où la matière et la lumière se répondent. L’émotion surgit souvent là, dans ce tremblement léger que je ne maîtrise pas complètement. Si je peins, c’est pour approcher ce mystère : une présence qui s’offre un instant, puis s’éloigne, mais laisse sa résonance dans l’air.

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Comment votre peinture rencontre-t-elle votre art d’architecte d’intérieur et de designer ?

La peinture, l’architecture d’intérieur et le design naissent chez moi d’une même source : une manière de regarder le monde à travers la lumière, les matières et les mouvements silencieux qui les relient. Dans un tableau, je cherche une présence ; dans un espace ou dans un objet, je cherche exactement la même chose. Seuls changent l’échelle et le public — jamais l’intention. Avec Claire Bétaille, mon associée en architecture d’intérieur, ce regard partagé s’est transformé en méthode. Nous captons souvent les mêmes éléments lors de nos voyages et explorations : la vision d’un paysage, le souvenir d’une couleur qui traverse l’air. Ces impressions restent en nous comme une persistance rétinienne. Elles réapparaissent plus tard dans la conception d’un espace, dans l’organisation d’un volume, dans le rapport entre la matière et la lumière.

Le design prolonge ce travail dans une relation plus intime à l’objet. À travers Bruno Moinard Éditions, je développe un langage où le mobilier devient une présence à part entière. Le dessin, la proportion, le choix des matériaux et des finitions sont abordés avec la même exigence que dans la peinture : capter une tension juste, trouver l’équilibre entre force et retenue. La peinture m’apprend à accueillir les impressions brutes ; l’architecture d’intérieur et le design m’enseignent comment les transformer en formes habitables ou en objets durables, capables de traverser le temps et de continuer à résonner. •

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Photos : Le sévère, 53 x 37 cm, oil on canvas, 2025 • Muscle, 46 x 33 cm, oil on canvas, 2025 • La danse, 53 × 45 cm, oil on canvas, 2024 • Bruno Moinard © Jacques Pépion • Genou, 55 x 38 cm, oil on canvas, 2025