aube, studio mo-mo, collection OOI, Cobalto • © Pauline Chardin
L’une est enfant de la Drôme et a souhaité en partir un temps. L’autre a fait le choix de l’exil parisien pour établir à Dieulefit le camp de base d’un projet de résidence artistique. Le binôme que nous formons pose un regard à la fois intime et personnel sur ce territoire qui continue de nourrir nos aspirations.
C’est dans les ateliers d’artisans en Drôme provençale que l’atmosphère se fait intense et appliquée. Une histoire d’odeurs et de sons rythmée par les gestes précis de créateurs qui façonnent des surfaces brutes ou organiques. Dans l’atelier de l’ébéniste Chloé Delannoy, le noyer, chauffé à l’étuve, rompt lentement la rectitude de sa ligne et laisse échapper, sous la contrainte, ses notes de résine et d’ambre. Plus loin, l’osier crisse au son du tressage. La vannière Victorine Soulard entrelace sans relâche les fibres avant qu’elles ne sèchent. Chaque matière, chaque pratique, invite à sa propre cadence. Un climat singulier où calme et minutie coexistent.
Offrir ce cadre d’émulation en facilitant la rencontre entre designers, artistes et architectes avec les artisans locaux, s’est imposé comme une nécessité pour nous. Depuis 2022, le studio mo-mo agit comme un laboratoire créatif qui explore les synergies entre savoir-faire et sensibilités, dans cet interstice où la matière, brute ou transformée, devient vectrice d’une cocréation collective. La philosophie du studio est simple : la matière comme point de départ. Une approche intuitive du design où les matériaux dictent les lignes et œuvrent comme partenaires de création : bois, verre, pierre, osier, métal ou encore terre argileuse, chacun porte le récit du territoire et révèle sa part d’âme dans cette hybridation qui conjugue cadre technique et liberté de formes.
La première résidence « OOI » invitait six artistes/designers en dialogue avec six artisanes de la région à composer une matériauthèque issue de leurs expérimentations. Au contact de la matière, l’échange a trouvé sa place comme canal d’éloquence de la création. Léa Bigot, Pia Chevalier, Pauline Esparon, Margot Graziani, Audrey Guimard et Camille Romagnani ont conçu, en circuit court, une collection de mobiliers où l’innovation et les pratiques vernaculaires font jeu égal, présentée à la Design Parade et à la Paris Design Week.
Faire cohabiter un vocabulaire de gestes, de techniques et de concepts appliqués à l’usage de l’objet, c’est tenter de relier deux mondes qui semblent éloignés : celui du design contemporain, parfois déconnecté des réalités artisanales, et celui de l’artisanat traditionnel, souvent relégué à un rôle d’exécution.
Transformer la matière autant que la perception de nos liens, mo-mo a trouvé là sa vocation, dissimulée dans ces quatre lettres, semblables à quatre mains : ces collaborations donnent vie à la relation fondamentale entre matière et objet.
Janvier 2025. Attractive Matters, l’attrait de la matière poursuit ses explorations. FORMÆ organise la 2e édition de cette exposition et invite le studio mo-mo comme cocurateur.
Les nouvelles créations sont le fruit d’une communauté qui s’élargit (Emilieu Studio, Thibault Huguet, Mimo Studio, VOTO XO, Carlès & Demarquet, Cobalto Studio), en collaboration avec le réseau d’artisans et le collectif OOI. Elles portent aussi l’empreinte de ressources qui se sont diversifiées : érable, chêne, verre en fusion, calcaire, marbre, fibres végétales et inox.
Le projet de Emilieu Studio s’inscrit dans le réemploi en associant Charpentier PM pour créer une filière de revalorisation de chutes de marbre. Le studio mo-mo cosigne une collection modulable et sculpturale, en invitant l’atelier Mobilier Singulier, spécialisé dans les vieux bois et Audrey Guimard, sculptrice sur pierre.
Tous ces dialogues aboutissent à une équation singulière : « 1 + 1 = 3 ». La matrice avec laquelle nous opérons accompagne ce territoire en transition et propose un panel d’outils pour relier, par la création et la transmission, des pôles a priori éloignés. •